… et cette maudite douleur qui persiste dans le haut du dos, c’est le vide du soir dans le salon rose, ça pèse, ça pèse donc lourd.
un coeur brisé mais pu vraiment
Des fois, tu aimes like crazy, pis un matin, cet amour fout le camp. Le jour se lève, comme la veille, comme demain aussi, on dirait la nuit qui reste partout autour sauf ailleurs, sauf dehors, sauf pour les voisins, ça continu. En boule, tu te dis que c’est fini, tu te promets que plus jamais ça arrivera, fuck off, l’amour c’est fuckin beau quand le gars t’achète des fleurs, c’est beau aussi le dimanche matin-midi, c’est beau dans les mariages, c’est beau quand on fait l’amour dans le salon ou dans le corridor, l’amour c’est rose, c’est du soleil, des étincelles de bonheur partout, oui crisse l’amour c’est beau. Tu te surprends même à penser que ça pourrait durer toujours. Bullshit.
On a parlé de ça, Caro et moi. De l’amour quand on pensait enfin que ça y’était, de la fois où il était parti et de la soirée à boire du porto et pleurer, toutes ensemble. Elle était triste et nous, on était triste de la voir triste. Ou sinon, cette fois-là où il avait demandé de ne pas partir même s’il n’était pas prêt mais non, ne pars pas. On avait encore pleuré toutes ensemble, sur le balcon. Ou la fois où son ex était encore dans le décor, dans son souvenir, et que c’est jamais cool de passer en deuxième. On avait loué des films d’amour et on avait pleuré, le générique commençait.
Elle a dit ça l’autre jour c’est probablement à cause de toutes ces déceptions-là qu’aujourd’hui, je suis toute seule et je préfère peut-être même être toute seule, juste pour éviter ces moments-là, tu t’en souviens Anna, ces moments-là où on se couche en mille morceaux pour pleurer, c’est atroce, ça fait trop mal. Je ne peux plus vivre ça.
J’ai monté le son de la radio I went to the doctor guess what he told me, guess what he told me? He said, girl, you better have fun, no matter what you do. But he’s a fool on a chanté tellement fort la toune, on en a profité parce qu’on le sait bien, un jour.. we will fall in love, ça va être beau, crisse que ça va être beau.
des souvenirs roses et gris
J’ai cherché dans ma bibliothèque, j’ai cherché longtemps parce que c’est ce livre-là que je voulais, celui avec la belle déclaration d’amour à la page 44 ou 62, je ne sais plus trop. Je ne l’ai pas trouvé alors j’ai brisé un autre biscuit chinois sans le manger Vous êtes démonstratif avec ceux que vous aimez et ça m’a fait sourire parce que oui, si-je-t’aime-tu-le-sais-si-je-ne-t’aime-pas-tu-le-sais.
Il a laissé un papier collé dans le fond du bac de recyclage arrête de m’attendre et je me demande bien qui peut prendre plaisir à revêtir le costume d’un prince charmant dans le simple but de me désillusionner le jeudi soir.
Sinon, il m’a rappelé, sur le répondeur, sa voix un peu brisée, comme à chaque fois ça ne va pas mal avec ma blonde mais on dirait que je m’ennuie du temps où on croyait ensemble à l’amour pour toujours. Y crois-tu encore, toi? J’ai essayé très fort de ne pas pleurer en écoutant le message huit fois.
Je m’ennuie des soirées à écouter Loft Story, des soirées à jouer à Mario Party 6, des soirées à prendre un bain chaud en buvant du vin, des soirées à marcher sur la Plaza St-Hubert pour mieux rêver à mon mariage.
Un vélo qui roule dans l’automne, quand il fait froid, avec des mitaines rouges et une tuque à pompon, ça me donne envie de chanter et de pédaler jusqu’au bout du monde, pendant trente minutes. Parce qu’il fait froid quand même, tsé.
Hier, devant l’épicerie, je me suis rappelée cette fois-là où il a pensé que j’étais une vraie de vraie princesse. Et qu’il n’avait assurément pas les couilles d’un vrai prince parce qu’il était parti dans le parc, sans se retourner. Moi j’avais couru – et une princesse qui court, c’est fuckin rare - rejoindre Monsieur QuelqueChose, devant une pizza. Je n’avais rien dit mais il avait compris que l’histoire n’aurait jamais de fin puisqu’elle n’avait même pas vraiment de début. Une histoire parmi trop d’autres, une histoire pas tout à fait oubliée puisqu’elle est revenue hier, à cause du froid gris près de l’épicerie.
des dix cennes roulés pour faire un cinq piasses
Il y a des matins comme ça, des souliers rouges et le ciel bleu, une enveloppe dans la boîte aux lettres, des mots gris écrient sur un fond de rose je te souhaite tout le bonheur du monde mais pas avec moi parce que je suis loin d’être un prince charmant. Ça m’a fait sourire. Et puis cette amie qui croit habituellement en moi et qui pense que si on a pas encore fait quelque chose à presque 30 ans, on ne le fera jamais. Et cette petite fille de rien du tout qui pleure à tous les midis parce que les autres ne l’invitent jamais à leur fête. La fille rousse qui prétend aimer comme une folle mais qui est seulement incapable de vivre sans lui. Celui avec les dents grandes comme ça qui est gentil like a little sweetheart mais tellement laid. Il y a aussi les spéciaux du Club Vidéo, l’humeur changeante de la voisine, le silence de celle qui est revenue en laissant l’autre, là-bas.
Un début d’automne qui se mélange aux feuilles qui tombent et aux chaises longues sur le patio. Une caisse de douze qui traîne sur le balcon, depuis cette fois-là où il est parti en la laissant pleurer devant Le Banquier. Des vêtements sur le plancher sale, un frigo trop vieux qui gobe toute l’énergie d’Hydro, un miroir qu’on ne pose juste pas, de vieux grains de popcorn encore meilleurs parce qu’ils sont là, dans le bol, depuis l’autre soir, le téléphone rouge avec la sonnerie agressante qu’il m’a offert pour mes 25 ans.
Le téléphone rouge, comme Batman, comme l’amour, comme la timitidé sur mes joues, comme cette fois-là où j’ai reçu une enveloppe par la poste, des mots gris écrient sur un fond de rose je te souhaite tout le bonheur du monde mais pas avec moi parce que je suis loin d’être un prince charmant.
comme pour la première fois
J’ai fait mon épicerie avec mes lunettes du soleil parce qu’en lendemain de veille, mes yeux, ils chauffent et ils sont rouges. J’écoutais Chris Brown et Sean Paul et ça me donnait envie de danser dans l’allée des chips. Je l’ai croisé une première fois.
Le gars à l’épicerie, dans l’allée des chips. J’ai remarqué les boîtes de Kraft Dinner 3 pour 2$ dans son papier. Je l’ai croisé une deuxième fois et c’est là que j’ai vu le paquet de saucisses Hygrade. Juste à côté du Kraft Dinner. C’était peut-être mon moral du lendemain de veille ou mon allure de rockstar avec mes fausses lunettes Gucci mais j’ai ri vraiment très fort devant lui.
Il a eu l’air surpris un peu, il m’a demandé est-ce que quelqu’un t’attend au bout de la rangée? Et il m’a dit aussi que le meilleur remède contre la gueule de bois c’est du Gatorade bleu ou orange, comme tu veux. Et moi j’ai dit Je préfère le coke et il a dit comme tout le monde le coke, c’est mal. Après, je ne sais plus trop comment ça s’est passé, très très vite.. ça c’est sûr, on était assis un en face de l’autre, au Roi du Smoke Meat. J’ai mangé une tarte au citron et lui, un jello rouge. On a parlé comme si ça faisait cent mille épiceries qu’on faisait ensemble. Je lui ai parlé de mes rêves, écrire, les Îles de la Madeleine, la maison avec la porte rouge et la galerie tout autour. Je lui ai parlé aussi de cette manie que j’ai de vivre un jour à la fois mais d’espérer, des fois, que ça dure pour toujours.
En partant, il a dit à demain et j’ai cru entendre un premier je t’aime comme lorsqu’on a 15 ans.
metro love
Il faisait chaud, les gens étaient laids, as usual, j’avais insisté pour y aller à vélo mais tu redoutais la pluie, tu disais aussi que j’allais être trop saoûle pour revenir et ça te fait peur, quand je chante et que je pédale tellement vite, sans regarder les lumières et sans arrêter aux stop. Tu devrais t’acheter un casque que tu me dis à chaque fois et moi je répète tu m’en achèteras un à Noël, si tu veux et tu soupires et moi je souris.
J’haïs ça le métro.
Surtout depuis cette fois-là où j’ai vu la fille tellement triste, juste un peu avant sa chute. Je me rappelle de cette journée-là, j’avais tellement pleuré, les policiers m’avaient posé mille questions et moi j’avais répondu est-ce que je peux appeler un ami?
Tu étais venu me chercher, même si tu travaillais, même si du travail, tu en avais tellement, surtout en plein hiver. Tu le savais, que la fille n’allait pas bien et que je l’ai quand même laissé marcher vite sur le quai. Tu m’as regardé avec tes yeux oh tellement bleus et tu m’as dit ce n’est pas de ta faute, princesse et j’ai tellement pleuré, les ambulanciers nous ont conseillé de s’asseoir un peu, ils te chuchotaient des trucs genre choc nerveux, hôpital et moi je faisais non de la tête, pas l’hôpital, juste toi et tes bras et du silence, oui le silence de ton appartement, s’il-te-plaît.
On a passé la soirée à se raconter mille conneries, on a revu ce gars-là qu’on avait pas revu depuis le cégep et rien ne change même si on vieillit. On a bu des drinks d’été parce que tout ça finit bientôt, on a regardé les artifices près du pont, on a décidé de rentrer avant la fermeture du métro et j’ai chiâlé un peu en te disant qu’on aurait pu revenir tellement plus tard si on avait eu nos vélos.
Tu as décidé qu’on allait rester, tu as commandé un pichet de sangria et tu as dit on va marcher et t’es mieux de ne pas chiâler parce que c’est loin et que tu as donc mal aux pieds..
Ce soir-là, j’ai chanté tellement fort Aujourd’huuuui, j’ai rencontré l’Homme de ma viiiiiiie.
Ailleurs, juste partir ailleurs
Partout, sur le miroir, dans mon cahier rose, sur le tableau blanc, j’ai tracé chacune des lettres A-I-L-L-E-U-R-S. Parce qu’eux, ils partent en amoureux en Gaspésie, en Italie ou une autre place, n’importe laquelle, une place qui finit en « i ». Pour la rime.
Toi, voudrais-tu partir avec moi? On enverrait mille cartes postales pour leur dire qu’on est donc ben heureux, ensemble, ailleurs. On se promènerait en riant, en chantant, en pointant un oiseau rare, en entrant dans les églises juste parce que ça a l’air beau. Les filles seraient belles en vacances mais moi je serais extra belle en vacances. Mes yeux bruns deviennent verts avec l’eau de la mer, je me rappelle, à Wildwood, ma mère disait toujours que mes yeux ressemblaient à ceux de mon père et j’ouvrais mes yeux dans l’eau et ça faisait mal et le soir, je regardais mes beaux yeux verts dans le miroir.
Là-bas, on va oublier qu’à Montréal, il pleut. On va oublier que l’amour, c’est con, l’amour ça chie, l’amour, fuck l’amour. On va s’aimer, oh oui, on s’aime tellement, mais je ne te le dirai pas. Toi non plus, tu ne me le diras pas. Et je sais que tu ne me crois pas parce que je suis tellement intense, j’invente toujours mille histoires, surtout des histoires d’amour pis toi, ça te fait peur, les filles qui s’inventent des histoires, surtout des histoires d’amour.
passer à autre chose grâce à des fraises
Tu pleurais, tu pleurais tellement fort, tu criais aussi, même si tu sais que j’haïs ça les gens qui crient. Tu disais qu’ils te font chier les hommes, que tu l’aimais donc ben et que tu ne l’oublieras jamais. J’ai préparé du kraft dinner et même avec les saucisses rajoutées après, tu m’as dit non, je vais me laisser crever de faim et mourir. Mourir, crisse, tu y vas un peu fort, là.
Tu t’es fâchée, tu m’as rappelé la façon dont j’ai arrêté de vivre quand il est parti, les journées que je passais à pleurer en pyjama, le téléphone que je laissais sonner, marcher la tête baissée, marcher en pleurant, oui oui je m’en souviens, moi aussi j’aurais craché sur du kraft dinner pour mieux me laisser mourir.
Puis, comme dans un mauvais film, je t’ai regardé casser une assiette ou deux, déchirer une photo en plein milieu, presque parfaitement, je t’ai même félicité, tu as senti un de ses chandails et là, c’est moi qui a pleuré. Tu as pris un sac, un vieux sac qui traînait au fond de l’armoire, tu as mis le chandail dedans, tu as fait un noeud, tellement serré, fermé pour toujours que tu as dit et hop, aux vidanges.
Tout ça a duré une heure, maximum viens-tu, on va aller au Marché Jean Talon, acheter des fraises et des bleuets. J’ai dit oui ok et tu n’as plus jamais parlé de lui.
Mon amie adore les histoires d’amour inventées
Vous devriez avoir des enfants, mademoiselle. Elle était un peu vieille, la madame qui m’a dit ça. C’est juste que le bébé avec les grands yeux bleus et les cheveux noirs, il me regardait et il me tendait sa toute petite main de rien du tout, comme s’il voulait que je la prenne, sa main. Alors j’ai déposé mes oeufs dans le panier et je me suis approchée du bébé en disant salut t’es donc ben cute pis c’est là que la madame m’a dit vous devriez avoir des enfants, mademoiselle.
Moi j’ai pensé je suis trop souvent lendemain de veille pour avoir des bébés, j’ai même pas de chum, pas de maison, pas de chien, c’est ce qu’il faut avant, non? Pis la madame a ri des fois, ça arrive plus vite qu’on pense, quand on ne s’y attend pas pis j’ai dit ah oui ça, je l’sais..
Le bébé a tenu mon doigt vraiment fort vraiment longtemps pis je commençais à avoir mal aux genoux à force d’être accroupie comme ça. J’ai voulu flatter sa joue mais je sais que des fois, les mamans, elles n’aiment pas ça voir des inconnues toucher à leur bébé alors je me suis retenue mais il était cute Samuel et aujourd’hui, c’était lui l’homme de ma vie.
Sinon, il y a aussi Crisse Gervais, il est parti dimanche passé, pour trois semaines. On s’est écrit un peu, on s’est vu une fois ou deux, il m’a écrit Tu vas peut-être être contente, je reviens plus tôt que prévu. Crissement plus tôt en fait; je reviens mardi… et moi j’ai pensé – il s’ennuie tellement de moi, en Italie, avec toutes ces italiennes autour, il a réalisé que c’est moi the One et il revient plus tôt, juste parce que c’est insoutenable, la vie sans moi.
J’ai hâte qu’il voit mes lunettes rouges.
c’est presqu’aussi beau qu’une baloune pétée
Un pyjama bleu, celui avec des étoiles multicolores, deux ou trois oreillers confortables, une grosse couverte, du popcorn, du jus rouge, de la pluie dehors, les rideaux fermés, tout plein de lumière à l’intérieur. On pourrait croire que c’est l’automne mais non, c’est l’été et ça finit bientôt.
Le téléphone a sonné, pas trop fort, c’est à cause de la nouvelle sonnerie. Tu m’as dit ça fait longtemps qu’on s’est vu, as-tu encore du blanc dans tes cheveux? Ça m’a fait sourire parce que je ne voulais pas les teindre, les cheveux blancs et toi, ça te rendait hystérique, tu disais mais tout le monde se teint les cheveux, surtout s’ils sont blancs, pourquoi pas hen, pourquoi pas toi? Justement, parce que faire comme tout le monde, c’est pas moi.
Tu m’as parlé de ta nouvelle copine qui te rend heureux, de ton travail plate mais payant, du condo que tu viens de t’acheter, du voyage que vous rêvez de faire, ensemble. Et c’est là que j’ai eu envie de pleurer, quand tu as parlé du voyage et que j’ai bien essayé mais c’était plus fort que moi, je me suis rappelée.. avec toi, à l’aéroport, on était en retard, le vol dans dix minutes mais toi et moi, tranquillement, tirant les milliards de valises, on prenait le temps de s’embrasser, le temps de rire de la madame avec son chapeau tellement laid, le temps de s’agenouiller devant la poussette, les jumelles habillées en rose que je trouvais si cute on va être en retard que tu avais dit et moi qui insistais pour connaître leurs prénoms – Juliette et Maeva – les yeux bleus, les boucles blondes, nos enfants seraient mille fois plus beaux, tu l’avais promis.
Tu m’as demandé est-ce que tout va bien pour toi, est-ce que ton célibat te fout encore les bleus le dimanche soir, danses-tu dans le salon en buvant une tonne de vin rouge, écris-tu? J’ai répondu oui oui ça va, des fois c’est plus plate, comme le dimanche soir.. mais ces jours-là, je bois du vin rouge ou j’écris.
À la fin, tu m’as dit que ma folie te manquait, un peu. Je n’ai rien répondu. J’ai encore voulu pleurer. Je t’ai remercié d’avoir appelé mais s’il-te-plaît, ne rappelle plus.