deux c’est mieux

19 avril 2010

Je les vois, ils marchent ensemble même sous la pluie même quand il fait trop froid même si elle chiale ou qu’il parle juste de hockey, ils marchent ensemble, main dans la main, heureux d’un printemps comme Paul Piché. Je la vois, les joues rougies par les petits mots d’amour qu’il lui glisse à l’oreille sur le coin de la rue et même parfois, ils sont là parmi les autres et ils semblent un plus un donc deux seulement parmi les mille autres.

voyager

11 avril 2010

J’aurais aimé ça voyager avec toi. Dire baye à tout le monde, me promener dans l’aéroport en sautant pis en tenant ta main pis en te donnant des becs aussi des fois, je serais tellement énervée de partir, dans l’avion, je commanderais un bailey’s comme cette fois-là, l’Italie avec mes parents.

J’aurais aimé ça envoyer des cartes postales pis écrire il te fait dire allo pis moi je l’aime comme une crazy crazy lover. Tsé de l’amour entre deux personnes, comme une complicité, comme juste plein de moments partagés ou échangés ou donnés à l’autre. Une petite certitude malgré les milliards de doutes, une certitude que c’est lui, comme dans un film d’amour quétaine genre, c’est lui.

premier amour

10 avril 2010

J’ai un souvenir très précis de cette nuit-là, celle entre le 31 décembre 1998 et le 1er janvier 1999. Les Boliviens ont cette habitude particulière de fêter la nouvelle année dans un sous-sol d’église de Notre-Dame-De-Grâce avec mille autres hispanos au sang chaud. Nous étions là, lui et moi, pas encore vingt ans, troublés et amoureux, oui cette nuit-là, aujourd’hui j’en suis maintenant convaincue, nous étions amoureux. Puis la musique et nos pas de danse un peu maladroits, en nous voyant, il lui avait poliment demandé s’il pouvait m’inviter à danser. Nos regards complices, nous savions que je pouvais danser avec mille autres, mon coeur était tout à lui. Il m’avait fait tourner et m’avait donné l’impression d’être la meilleure danseuse du monde entier dans ce sous-sol d’église de NDG. Puis je l’avais rejoint puis embrassé puis ses mots chuchotés dans mon oreille tu étais tellement belle à danser avec lui. Plus tard, tassés dans la voiture puis tassés à la table devant le buffet puis le matin levé par la fenêtre et l’amour dans le lit et les trois heures de sommeil. On allait s’aimer pour la vie, parce que.

Mes histoires ressemblent toujours à ça – au début, c’est parfait, on se rejoint aux balançoires dans le parc, on boit du vin en pyjama, on planifie des voyages d’été pour fêter des anniversaires. Les jours passent est-ce qu’on se revoit ce soir, pis demain.. Un matin, ça éclate. Partout des miettes, du bonheur en éclat, dans les craques du plancher, le balai pas très loin, je ramasse en retenant bien fort mes larmes. Il fallait s’attendre à quoi d’autre, au fond. C’est toujours la même crisse d’histoire ici, un soupir ou deux soupirs, une semaine à se dire qu’on ne se fera plus jamais prendre à ce jeu-là d’amour écrit dans les fenêtres, que c’était la dernière fois, la dernière fois.

Même quand t’es pas sûre que c’était de l’amour? Juste parce que tu croyais pas que ça puisse te péter dans la face comme ça sans avertir un peu genre, tsé.. c’est censé paraître dans les yeux ou je sais pas, dans l’attitude, un bec plate, du kraft dinner pour souper, attendre tu sais pas quoi mais attendre à cause de lui, sentir quelque chose tu sais pas quoi mais ça se sent ces choses-là.

Pendant que tout le monde riait et buvait et parlait avec des inconnus, il m’a demandé tu fais quoi dans la vie pis c’est peut-être à cause de la vodka ou parce que je le savais trop que je pensais juste à toi pis que je m’en crissais tellement des autres, j’ai répondu là là, je traîne une vieille peine même pas d’amour mais qui me rend triste en crisse, j’ai pu envie de travailler à ma job, j’ai pu envie d’habiter chez nous, j’ai juste envie de crisser mon camp pis fuck, je vais me commander deux autres shooters j’pense. Pis le gars a souri très grand en disant fuck, c’est trop cute ça pis j’ai soupiré avec un vodka/lime pis deux vodka/lime.

rouge gris et rouge

28 mars 2010

Je me rappelle de ce samedi-là, un jour de mai. Elle était triste à cause de son chum, une connerie, comme toujours. Elle avait crié au téléphone, en se réveillant. C’est ce qui m’avait réveillé. Après, les fraises coupées en coeur, elle et moi sur le balcon et le soleil plus tard, à la fin de l’après-midi. Une bouteille deux trois quatre cinq bouteilles de vin, avec eux tellement amoureux et moi je suis bien toute seule et elle esti qu’il me fait chier. Le lendemain de veille, sur la Plaza, à essayer des robes de mariées en pleurant en cachette dans la cabine. Un sundae au chocolat avec vraiment beaucoup de pinottes. La pluie. Les gougounes mouillées. L’été bientôt.

Ensemble, on a compté 1789 petits coeurs à la cannelle dans le bocal rouge. On s’est assis sur le banc près du parc et on a ri on a ri tellement longtemps parce que la glace sous la neige et tous ceux qui se plantaient parce que tsé, la glace sous la neige ça glisse, les flocons qui tombaient sur mes mitaines et sur ta tuque bleue à pompon, le chocolat chaud même pas chaud, mes pieds gelés, mes mains gelées, mon nez gelé mais mon coeur pis ton coeur aussi peut-être sûrement, tellement hot. Tu m’as dit des choses qu’on oublie pas, jamais. Je t’ai demandé mille fois pourquoi tu ris et tu as répondu je ris pas, je te souris sti. Ensemble, on compte des coeurs à la cannelle. On écrit dans les miroirs. Pis on invente des histoires.

Il a bu un café. J’ai préféré un lait chaud à la vanille/cerise. Il a parlé de mes cernes dors-tu assez? J’ai répondu je dormais mieux avec toi. Il n’a pas été trop content, il a même soupiré un peu, je pense. On aurait pu croire que le lait chaud à la vanille/cerise, ça saoûle, parce que ça m’a donné les joues rouges pis je me suis mise à dire tout plein de conneries genre on pourrait essayer encore, j’aime comme une retardée mais j’aime quand même tsé, on pourrait retourner au resto qui t’a donné le flu, dis donc oui tu pourrais fumer des smokes en-dedans, remember? – faudrait juste fermer le rideau. 

Il a fini par me dire quelque chose comme tu es très cute mais je ne t’aimerai jamais crisse, je le sais je le sens. Mais c’était dit gentil, pas comme ça, pas comme une bombe dans ma face de joues rouges. Il m’a donné un bec sur le front. Il a dit aussi c’est mieux qu’on ne se revoit plus, finalement. J’ai trouvé qu’il avait donc raison mais crisse que c’est pas comme ça dans les films de Noël. Il a remis sa belle tuque, pas celle de cet automne, une autre, celle de l’hiver et des tempêtes. Il a dit salut petite princesse. Moi, j’ai rien dit parce que ça me faisait un peu mal dans mon coeur de petite princesse.

J’ai essayé que mes yeux n’aient pas l’air trop triste, j’ai marché sur la plaza st-hubert en ayant très peur de glisser sur une plaque de glace. J’ai croisé un vieil ami du secondaire je viens de tomber en vacances, as-tu envie de boire une bière? Je l’ai suivi. J’ai envie de boire mille bières. Il a rit. T’as pas changé qu’il a dit.

Non crisse, y’a rien qui a changé.

Elle a dit Vous inventez du rêve et vous détruisez la réalité. Et j’ai ri tellement fort sur fond de musique classique.. mais j’aurais pu pleurer aussi. Parce que god, j’haïs trop trop ça, la musique classique.

Elle a dit autre chose aussi, genre vous n’avez rien à perdre. Et j’ai encore ri. Parce que je l’ai déjà perdu..

Elle doit me trouver très très crazy parce que je ris trop fort sur le petit divan rouge, à côté de la boîte de kleenex et de la fenêtre qui donne sur le stationnement. Habituellement, ici.. les gens sont tristes. Sinon, il y a ceux qui rient très fort et qui remarquent le stationnement et la boîte de kleenex qui sert à rien.

Je n’ai pas ri. Moi, je ne suis pas triste mais souvent, ça tremble dans ma maison.. à cause du froid.

Surtout, surtout, n’arrêtez jamais d’écrire.
Ça vous laisse en vie.

Il y a des jours avec des framboises et du chocolat. Des jours à pédaler sur De Lorimier en hurlant le plus fort possible les mauvaises paroles d’une toune de Marie Carmen. Des jours à rire plus fort que la petite voix qui crie. D’autres jours à pleurer à côté d’un filet de hockey. Il y a des jours où tu prends le windex pis oui oui, tu laves la vitre avec les coeurs dessus. Les jours avec six messages sur le répondeur je pensais à toi. Des jours à acheter n’importe quoi à la librairie. Il y a des jours du chocolat, deux sacs de chips, du chocolat, des bonbons sûrs, des bonbons en gélatine. Des jours où l’espoir de l’entendre monter l’escalier. Des jours fuck off. Des jours c’est donc ben beau. Des jours où tu demandes une autre chance. D’autres jours où c’est toi qui pars.