rouge gris et rouge

28 mars 2010

Je me rappelle de ce samedi-là, un jour de mai. Elle était triste à cause de son chum, une connerie, comme toujours. Elle avait crié au téléphone, en se réveillant. C’est ce qui m’avait réveillé. Après, les fraises coupées en coeur, elle et moi sur le balcon et le soleil plus tard, à la fin de l’après-midi. Une bouteille deux trois quatre cinq bouteilles de vin, avec eux tellement amoureux et moi je suis bien toute seule et elle esti qu’il me fait chier. Le lendemain de veille, sur la Plaza, à essayer des robes de mariées en pleurant en cachette dans la cabine. Un sundae au chocolat avec vraiment beaucoup de pinottes. La pluie. Les gougounes mouillées. L’été bientôt.

l’amour à Montréal

11 mars 2010

C’était une journée un peu comme les autres, je pensais à toi très fort et je voyais partout des coeurs la lumière là, regarde, on dirait un coeur pendant qu’il commandait quatre hot-dogs all-dressed tu capotes, y’a pas de coeur nulle part, c’est n’importe quoi tes histoires de coeur.  

Puis sur le boulevard, il y a eu la fille saoûle qui m’a choisi moi, parce que pour les histoires d’amour, c’est toujours moi qu’on choisit excuse-moi tsé, mon chum est parti en disant qu’il ne m’aimait plus, il va sûrement revenir hen, il va revenir dans une semaine ou deux parce que le crisse d’amour, c’est censé durer toujours, pas vrai? pis après ça, la fille saoûle qui a tellement beaucoup pleuré sur le coin de la rue.

On a marché ensemble, je lui ai raconté l’histoire des balançoires, que oui des fois, on dirait que ça peut durer toujours. Je lui ai aussi raconté l’autre histoire, celle des matins gris. Ou cette fois-là avec la même chanson, toujours, sur repeat. On a parlé des croissants brûlés, des balounes éclatées et de la buée, partout dans la fenêtre. Il ne reviendra sûrement pas c’est elle qui l’a dit, très tard dans la nuit, en me serrant dans ses bras, juste avant de me dire merci.

Puis il y a ce dimanche de novembre à Montréal.
Et l’espoir d’être ailleurs, avec toi.  
Parce que oui, encore aujourd’hui, je partirais avec toi.

J’ai cherché dans ma bibliothèque, j’ai cherché longtemps parce que c’est ce livre-là que je voulais, celui avec la belle déclaration d’amour à la page 44 ou 62, je ne sais plus trop. Je ne l’ai pas trouvé alors j’ai brisé un autre biscuit chinois sans le manger Vous êtes démonstratif avec ceux que vous aimez et ça m’a fait sourire parce que oui, si-je-t’aime-tu-le-sais-si-je-ne-t’aime-pas-tu-le-sais.  

Il a laissé un papier collé dans le fond du bac de recyclage arrête de m’attendre et je me demande bien qui peut prendre plaisir à revêtir le costume d’un prince charmant dans le simple but de me désillusionner le jeudi soir.

Sinon, il m’a rappelé, sur le répondeur, sa voix un peu brisée, comme à chaque fois ça ne va pas mal avec ma blonde mais on dirait que je m’ennuie du temps où on croyait ensemble à l’amour pour toujours. Y crois-tu encore, toi? J’ai essayé très fort de ne pas pleurer en écoutant le message huit fois.

Je m’ennuie des soirées à écouter Loft Story, des soirées à jouer à Mario Party 6, des soirées à prendre un bain chaud en buvant du vin, des soirées à marcher sur la Plaza St-Hubert pour mieux rêver à mon mariage.

Un vélo qui roule dans l’automne, quand il fait froid, avec des mitaines rouges et une tuque à pompon, ça me donne envie de chanter et de pédaler jusqu’au bout du monde, pendant trente minutes. Parce qu’il fait froid quand même, tsé.

Hier, devant l’épicerie, je me suis rappelée cette fois-là où il a pensé que j’étais une vraie de vraie princesse. Et qu’il n’avait assurément pas les couilles d’un vrai prince parce qu’il était parti dans le parc, sans se retourner. Moi j’avais couru – et une princesse qui court, c’est fuckin rare – rejoindre Monsieur QuelqueChose, devant une pizza. Je n’avais rien dit mais il avait compris que l’histoire n’aurait jamais de fin puisqu’elle n’avait même pas vraiment de début. Une histoire parmi trop d’autres, une histoire pas tout à fait oubliée puisqu’elle est revenue hier, à cause du froid gris près de l’épicerie.

Un pyjama bleu, celui avec des étoiles multicolores, deux ou trois oreillers confortables, une grosse couverte, du popcorn, du jus rouge, de la pluie dehors, les rideaux fermés, tout plein de lumière à l’intérieur. On pourrait croire que c’est l’automne mais non, c’est l’été et ça finit bientôt.

Le téléphone a sonné, pas trop fort, c’est à cause de la nouvelle sonnerie. Tu m’as dit ça fait longtemps qu’on s’est vu, as-tu encore du blanc dans tes cheveux? Ça m’a fait sourire parce que je ne voulais pas les teindre, les cheveux blancs et toi, ça te rendait hystérique, tu disais mais tout le monde se teint les cheveux, surtout s’ils sont blancs, pourquoi pas hen, pourquoi pas toi? Justement, parce que faire comme tout le monde, c’est pas moi.

Tu m’as parlé de ta nouvelle copine qui te rend heureux, de ton travail plate mais payant, du condo que tu viens de t’acheter, du voyage que vous rêvez de faire, ensemble. Et c’est là que j’ai eu envie de pleurer, quand tu as parlé du voyage et que j’ai bien essayé mais c’était plus fort que moi, je me suis rappelée.. avec toi, à l’aéroport, on était en retard, le vol dans dix minutes mais toi et moi, tranquillement, tirant les milliards de valises, on prenait le temps de s’embrasser, le temps de rire de la madame avec son chapeau tellement laid, le temps de s’agenouiller devant la poussette, les jumelles habillées en rose que je trouvais si cute on va être en retard que tu avais dit et moi qui insistais pour connaître leurs prénoms – Juliette et Maeva – les yeux bleus, les boucles blondes, nos enfants seraient mille fois plus beaux, tu l’avais promis.

Tu m’as demandé est-ce que tout va bien pour toi, est-ce que ton célibat te fout encore les bleus le dimanche soir, danses-tu dans le salon en buvant une tonne de vin rouge, écris-tu? J’ai répondu oui oui ça va, des fois c’est plus plate, comme le dimanche soir.. mais ces jours-là, je bois du vin rouge ou j’écris.

À la fin, tu m’as dit que ma folie te manquait, un peu. Je n’ai rien répondu. J’ai encore voulu pleurer. Je t’ai remercié d’avoir appelé mais s’il-te-plaît, ne rappelle plus.

Tu m’adoraimes

13 octobre 2009

C’est beau l’étoile sur tes souliers. Les miens, ils sont roses. Comme la vie des fois, quand tout va bien, le ciel est bleu, mes joues sont rouges, la vie est rose. Avec toi surtout, presque tout le temps, ça brille de partout.

Par la fenêtre, dans le miroir pis surtout dans mes yeux. Ça brille, ils vont encore trouver ça kitsch mais c’est ça l’amour.

J’écoute David Usher. Ça me rappelle, dans l’temps. Ma première et seule vraie peine d’amour – j’étais convaincue que je n’allais plus jamais aimer comme ça. J’avais 19 ans.

Pis ça peut avoir l’air triste, très triste même.. mais je n’ai plus jamais aimer comme ça.

C’est pas loin. J’en vois des bouts de couleur dans le ciel. Ça pète fort les feux d’artifices. Ça fait pleurer les enfants. Pis les grands aussi, des fois. Parce que la vie, ça continu et je pense juste à ça, la fois où on s’était embrassé en plein milieu de la rue papineau, pendant qu’un couple gay faisait des pirouettes autour de nous.

Ce moment-là, on ne peut pas l’oublier. C’était juste après les feux d’artifices, pis là vous allez penser, les feux d’artifices étaient dans ton coeur. Crisse, c’est quétaine. Mais c’est exactement ça. En-dedans, c’est là, très fort, mon coeur a éclaté. Mille miettes d’un tout petit bonheur de rien du tout.

Ce soir, même après si longtemps, le vent est froid dans le salon rose.

one last kiss

15 mars 2009

Mon ex m’a rappelé. Et là, vous vous demandez tous, lequel ? Le dernier, l’autre d’avant ou peut-être même le premier. Il a rappelé.

Peut-être qu’on pourrait se voir, boire un peu, rire comme avant, quand on s’aimait, tu te rappelles ce temps-là Anna, quand on s’aimait.. Il était saoûl.

Il a laissé sa blonde parce qu’on est trop jeune, encore. J’ai pensé qu’il pleurait au téléphone, viens t’étendre sur le divan, on va écouter L’été de mes onze ans, j’ai du popcorn. Il m’a demandé si peut-être, il pourrait dormir dans mon lit. On verra.

Il est arrivé, tout déconcrissé. Il a vomi juste devant l’escalier, il a échappé son cellulaire en bas du balcon, il m’a dit que j’étais donc ben belle en pyjama. Il a dormi dans mon lit, moi je me suis étendue sur le divan, j’ai écouté L’été de mes onze ans pour la millième fois et j’ai fini tout le popcorn.

amour d’été

20 janvier 2009

Nous étions en vacances. En congé de l’automne, de l’hiver et du printemps. Été chaud et humide. Nous avions passé la journée à la piscine, en maillot de bain. Puis à la fin de l’après-midi, nous avions bu deux ou trois bouteilles de vin près du lac, dans ce grand parc au milieu de la ville.

Te rappelles-tu de cette discussion sur le bonheur, avec l’homme mal rasé, près de la SAQ? Tu avais ri de me voir, l’air si grave, en posant ma question C’est quoi le bonheur pour vous, Monsieur? Il avait répondu, le plus sérieusement du monde Le bonheur, ma belle jeune fille, c’est de vous voir, toi pis ton chum, main dans la main. C’est ça le bonheur, c’est l’amour.. Puis, il avait insisté. Embrassez-vous, awayez.. embrassez-vous!

Le vieux monsieur a applaudi et moi j’ai souri quand tu t’es approché pour m’embrasser.

la première fois

19 janvier 2009

Je me rappelle de cette nuit-là. On s’était réveillé pour faire l’amour. On avait rit trop fort, sans déranger ton frère qui dormait, dans la chambre juste à côté. Cette nuit-là, on avait parlé de l’amour qui dure toujours, des prénoms d’enfants que j’écrivais à la fin de mon cahier rose, de la maison dont je rêvais à la campagne, avec le grenier comme salle de jeux. Cette nuit-là, on avait fait brûler nos quatre toasts au Nutella, on s’était même décidé à aller au parc, le parc juste au coin, pour regarder le soleil se lever.

Cette nuit-là, j’ai été amoureuse pour la première fois.